3 musiciens, 3 pays,
3 jeux de cordes tendues,
3 traditions mouvantes,
3 envies de rencontres émouvantes…

Projet 3MA

Ballaké Sissoko, Driss El Maloumi & Rajery

3 musiciens essentiels, 3 instruments emblématiques, 3 jeux de cordes tendues, 3 traditions mouvantes, 3 envies de rencontres émouvantes …


Ballaké Sissoko, Driss El Maloumi et Rajery font le tour de l’Afrique musicale encordés entre eux, comme un trio d’explorateurs reliés par les vibrations qui les unissent.

Ballaké Sissoko vient d’une dynastie de griots du Mali. Il joue la kora, cette incroyable harpe-luth de la culture mandingue dont les 21 cordes nous ont habitués à des cascades de sons cristallins.

Driss El Maloumi vient du Maroc. Il joue l’oud, ce luth de la tradition classique arabe qui s’impose comme le père de la plupart des guitares et luths du monde. Ses cordes racontent depuis la nuit des temps l’histoire des populations et de leurs échanges.

Quant à Rajery de Madagascar, il joue la valiha, cette étonnante cithare tubulaire en bambou devenue symbole musical de la grande île rouge. Ses cordes crépitent malicieusement, gambadant entre elles comme un troupeau de jeunes chèvres. Elles disent le quotidien, elles chantent la beauté du pays, elles accompagnent les rituels.

Les 3 hommes ont décidé de tisser entre leurs cordes des liens invisibles d’un territoire à l’autre mais qui semblent pourtant tendus d’une oreille à l’autre. Parce que, sans doute, les traditions orales ne supportent pas de vivre fermées sur elles-mêmes, elles ont un redoutable besoin de mouvements, de contacts et d’échanges. Des liaisons empiriques par lesquelles elles peuvent se réinventer mutuellement comme le dit Driss El Maloumi. A quoi bon jouer une musique ancestrale si ce n’est pour l’échanger et la porter toujours plus loin, dans un souci évident de partage. Si jouer harpe, luth et cithare peut faire pleuvoir des cordes sur une Afrique trop sèche, pourquoi ne pas tenter l’aventure ? Pourquoi ne pas essayer cette longue traversée entre Est et Ouest, entre Sud et Sud et s’en aller toucher doublement les cordes sensibles d’un continent qui regorge de cultures exceptionnelles et d’instruments de musique incomparables ? Pourquoi ne pas montrer qu’entre ceux-ci les dialogues sont nécessaires et même convaincants ?

Cette transafricaine est possible et nos trois musiciens le prouvent dans de délicats dialogues entre instruments et voix. Les cordes se chevauchent, se suivent, s’emboîtent le pas, se répondent, se relancent, se poussent dans une délicate surenchère d’inventivité, de musicalité et d’écoute mutuelle. Dès que l’un des instruments semble se sauver sur sa piste, enlacé à une mélodie enjôleuse, les autres le suivent discrètement pour ne pas troubler l’étreinte, ils accompagnent mais ils prennent part au plaisir, s’invitent dans la danse et se baignent rapidement dans la même volupté. Le bonheur est palpable, la musique est souple, sensuelle, raffinée. Elle éclabousse subtilement, elle irradie… inondée de la conviction de chacun et du sourire immuable de Rajery. Ca corde en tous sens, ça crépite, ça pétille, ça gazouille, ça s’envole, ça s’emballe puis ça se calme à nouveau pour s’écouter, dialoguer, chanter, parler. Car cette musique parle, ses cordes vibrent comme celles de la voix, elles nous disent l’histoire des trois Ma, le destin de trois pays, le sort de nombreux peuples, le souvenir de voyages interminables, le témoignage de cultures qui se toisent, qui s’observent, qui s’apprécient, qui s’apprivoisent. Ces cordes nous chantent la vie là-bas au sud, d’un bout à l’autre d’un immense continent où les uns sont forcément les étrangers des autres mais où les cordes peuvent, un jour ou l’autre, les relier entre eux, les unir et hisser les voiles du navire Afrique, bien plus grand encore que ce 3 MA.

Ballaké Sissoko, Driss El Maloumi et Rajery nous offrent une synthèse exceptionnelle de cette Afrique musicale, terre de diversité culturelle multiple, terre de chants, de danses, de musiques sur peaux, sur bois, sur cordes…

La musique de trois Ma est musique de cordes, musique cordiale – et cordial signifie : « qui stimule le fonctionnement du cœur ».

Etienne Bours<